Interviews, vidéos et articles invitésPublié le 1 septembre 2026
À l'écoute des Suissesses et des Suisses du Canada

Entretien avec Marianne Jenni, directrice de la Direction consulaire du DFAE
À l'occasion du 50e anniversaire des célébrations de la Fête nationale suisse organisées par la FEDE au Mont Sutton, Marianne Jenni, directrice de la Direction consulaire du DFAE, s'est rendue au Canada pour rencontrer la communauté suisse sur place.
Dans cet entretien, elle partage ses impressions de cette visite, souligne l'engagement remarquable des associations et des bénévoles, et évoque les défis actuels ainsi que les évolutions des services destinés aux Suissesses et aux Suisses de l'étranger.
Chaque année, Sutton accueille la plus grande fête du 1er Août organisée en dehors de la Suisse. Cette année, elle a de surcroît célébré son 50e anniversaire. Je ne voulais pas manquer cette occasion unique de découvrir enfin cette magnifique manifestation et les nombreuses personnes engagées qui la font vivre. Et je dois dire qu’elle a non seulement répondu à mes attentes, mais les a largement dépassées.
J’ai été impressionnée par la qualité de l’organisation et par la diversité des activités proposées. Entre l’excellent fromage à raclette, les délicieuses saucisses et probablement les meilleurs cornets à la vanille que j’aie jamais dégustés, il y en avait pour tous les goûts. Le programme comprenait également des prestations musicales, de nombreux jeux pour les enfants ainsi qu’une montée en télésiège sur le magnifique mont Sutton.
Le point culminant de la journée fut sans aucun doute la cérémonie de clôture : le feu de joie, accompagné des joueurs de cor des Alpes, des sonneurs de cloches et des enfants défilant avec leurs lampions. Un moment à la fois émouvant et inoubliable, qui a fait vivre un peu de Suisse au cœur du Québec.
Un immense bravo et un chaleureux merci aux organisateurs ainsi qu’aux nombreux bénévoles. Sans leur travail remarquable, leur dévouement et leur engagement, une telle fête ne pourrait tout simplement pas avoir lieu. Réussir cet exploit depuis déjà 50 ans mérite toute notre admiration. Toutes mes félicitations !
La culture, les langues et les traditions suisses continuent d’être vécues et transmises avec fierté, même par des personnes établies au Canada depuis plusieurs décennies et parfaitement intégrées dans leur pays d’accueil.
J’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs compatriotes qui étaient déjà présents lors de la toute première célébration à Sutton il y a 50 ans. J’ai aussi eu l’occasion d’échanger avec l’un de nos concitoyens, bientôt centenaire, qui n’a pas hésité à fouler la piste de danse avec enthousiasme. Des moments comme ceux-ci sont particulièrement touchants et inspirants.
J’ai également été profondément impressionnée par l’attachement que la communauté conserve à la Suisse. Cet attachement se reflète dans l’engagement exceptionnel de nos concitoyennes et concitoyens, qui s’investissent activement dans la vie communautaire et contribuent à transmettre la culture, les traditions et le sentiment d’appartenance à la Suisse. Cet engagement est particulièrement précieux pour les jeunes générations, qui découvrent souvent leur pays d’origine principalement à travers les vacances et les visites familiales.
Il est également réjouissant de constater que la collaboration avec le Consulat général de Suisse à Montréal est excellente et que les services qu’il offre sont très appréciés. Les nombreux témoignages entendus sur place montrent à quel point cette représentation joue un rôle essentiel dans le maintien des liens entre la Suisse et ses ressortissants établis au Canada.
Le mandat que le Parlement nous a confié, par l’intermédiaire de la loi sur les Suisses de l’étranger est triple : d’une part de représenter les intérêts des Suisses de l’étranger, d’autre part de veiller à les informer et à les mettre en réseau, finalement d’offrir des prestations consulaires adéquates.
Le fait de rencontrer nos communautés est donc primordial pour connaître leurs réalités, identifier leurs éventuels problèmes et d’écouter leurs attentes et leurs questions.
Inversement, de telles rencontres permettent de faire connaître le travail qui est effectué à Berne, d’expliquer le cadre juridique dans lequel nous opérons et de souligner l’engagement de la Confédération en faveur des Suisses de l’étranger.
Au même titre que la Confédération ou l’Organisation des Suisses de l’étranger, les associations locales représentent un élément central de cette idée de renforcement des liens qui unissent les Suisses de l’étranger entre eux et à la Suisse. Rappelons que cette idée figure en ces termes dans la Constitution fédérale. Pour des raisons physiques et géographiques évidentes, les associations contribuent donc directement et de manière irremplaçable à soigner ce lien au niveau local.
La Direction consulaire est l’une des cinq directions du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Il est difficile de parler d’une mission unique tant l’étendue de ses domaines d’activité est vaste.
Cette diversité se reflète également dans la variété des publics auxquels nous nous adressons : les Suisses voyageant à l’étranger, les ressortissants étrangers sollicitant un visa, nos ambassades et consulats, ainsi que, bien entendu, les Suissesses et les Suisses de l’étranger.
Pour ces différents groupes, notre action s’inscrit dans différentes dimensions :
Nous veillons à ce que les prestations consulaires offertes soient efficientes et correspondent, dans le respect des dispositions légales, aux attentes des personnes concernées. Ce travail se traduit par le développement de procédures efficaces et par la mise à disposition d’instruments de travail modernes.
Nous défendons les intérêts des Suisses de l’étranger auprès des institutions en Suisse.
Une autre mission essentielle consiste à fournir une protection consulaire aux personnes qui se trouvent dans des situations de détresse à l’étranger. Cette activité s’inscrit dans le cadre clair défini par la loi sur les Suisses de l’étranger, qui repose notamment sur les principes de responsabilité individuelle et de subsidiarité de l’action de l’État.
Nous travaillons activement dans le domaine de la prévention dans une perspective de soutien aussi bien des voyageurs que des Suisses de l’étranger. L’objectif est alors de limiter les situations où une action de l’Etat s’avère nécessaire.
Enfin, lorsqu’une crise survient à l’étranger, qu’elle soit d’origine politique, sécuritaire ou liée à une catastrophe naturelle, et que des personnes ou des intérêts suisses sont concernés, nous coordonnons la gestion de cette crise en étroite collaboration avec les représentations suisses et les autres services compétents de la Confédération.
Et finalement, un aspect moins visible, mais tout aussi important de notre mandat consiste à veiller à la sécurité de nos collaboratrices et collaborateurs à l’étranger, afin qu’ils puissent accomplir leur mission dans les meilleures conditions possibles.
Un défi qui nous accompagne depuis longtemps et qui va certainement se perpétuer est le fait que, à quelques exceptions anecdotiques, des citoyennes et citoyens suisses sont enregistrés dans tous les pays du monde. Et cette étendue géographique est accompagnée par une augmentation régulière des chiffres. Le fait que le nombre de Suisses de l’étranger ait augmenté d’un tiers en une génération illustre bien cette réalité.
Nous devons donc faire en sorte que nos prestations soient disponibles ou offertes de manière globale. Une des voies suivies est celle de la numérisation des services ; comme nous voulons par ailleurs maintenir un service de proximité, un des enjeux actuels est de trouver le juste équilibre entre prestations analogiques et digitales.
Au-delà des prestations, l’instabilité politique et sécuritaire enregistrée actuellement au niveau mondial, tout comme la multiplication des catastrophes naturelles, signifie que nous devons nous occuper plus régulièrement et plus activement de gérer des crises touchant nos communautés à l’étranger.
Le besoin de soutien se traduit également au niveau individuel – par exemple par le fait que la population des Suisses de l’étranger vieillit, avec près d’un Suisse sur quatre étant âgé de plus de 65 ans.
Afin de limiter les besoins de soutien, nous travaillons actuellement de manière très active dans le domaine de la prévention. Aussi bien de manière générale, notamment en livrant des informations ciblées sur les principaux pays d’émigration, que de manière ciblée : p. ex. avec notre campagne « ageing abroad » qui s’adresse à nos séniors ou avec notre nouveau projet « Young Swiss Abroad ».
Comme déjà mentionné, nous travaillons activement au développement de services numériques. Un nouveau guichet en ligne sera lancé l’année prochaine à l’attention des Suisses de l’étranger qui pourront profiter d’une palette accrue de services.
Les canaux numériques sont également utilisés de manière active en matière de communication. Notre application SwissInTouch permet, par exemple, de disposer d’informations utiles ou de recevoir des communications du DFAE à Berne ou des représentations compétentes à l’étranger.
Également dans ce domaine, nous travaillons sur la prévention et l’information afin que tout séjour à l’étranger se fasse dans les meilleures conditions possibles. Je mentionnerais ici les webinaires que nous organisons trois fois par année avec nos partenaires de l’OSE et de Soliswiss, qui traitent de thèmes touchant directement la réalité des personnes mobiles.
Je leur conseillerais avant tout de rester curieux et connectés à la Suisse. Aujourd’hui, il existe de nombreux moyens de suivre l’actualité et de garder un lien étroit avec notre pays, que ce soit à travers SwissInTouch, la Revue Suisse, Swissinfo ou les différents canaux proposés par les représentations suisses à l’étranger.
Mais les outils numériques ne remplacent pas les rencontres humaines. C’est pourquoi j’encourage vivement les Suissesses et les Suisses du Canada à s’engager dans les clubs, associations et activités de la communauté suisse. Ce sont ces échanges, ces traditions partagées et ces moments de convivialité qui font vivre la Suisse bien au-delà de ses frontières.
Et si les structures existantes ne correspondent plus aux attentes des nouvelles générations, il ne faut pas hésiter à innover, à lancer de nouvelles initiatives ou même à créer de nouvelles associations. La communauté suisse à l’étranger a toujours été forte grâce à l’engagement de ses membres. C’est à chacun de nous de faire vivre ce lien et de le transmettre aux générations futures.